j’ai énormément apprécié le propos d’Edgar Morin “l’éloge de la métamorphose” dans Le Monde du 10 - 11 janvier 2010.
Il constate que les sociétés arrivent par moment au terme de leur histoire et qu’elles doivent se métamorphoser sous peine de se dégrader et se désintégrer. J’aime l’idée de métamorphose car elle garde la radicalité transformatrice de la révolution tout en conservant les racines, l’héritage culturel ou dans le cas du papillon, son ADN. C’est le même individu mais qui par la métamorphose change totalement de voie par un processus “d’autodestruction et d’autoreconstruction”.
Naturellement ce qu’Edgar Morin énonce me semble particulièrement pertinent lorsque je l’applique au système entreprise. L’entreprise Triesse que je préside a pour vocation de repositionner les entreprises clientes sur les nouveaux marchés. Pour se faire, après une phase de diagnostic, nous construisons une nouvelle combinaison (que nous appelons “concept”) et nous accompagnons la réorganisation et le déploiement, le changement sur la durée. Il s’agit bien de déconstruction suivie d’une reconstruction. Notre métier est bien de provoquer et accompagner la “métamorphose” de nos clients.
Edgar Morin va plus loin, puisqu’il voit derrière la nécessaire métamorphose de l’humanité actuelle 5 raisons d’espérer qui sont toutes intéressantes à avoir en tête lorsqu’on pense métamorphose de l’entreprise. J’entends notamment aux capacités créatrices de l’homme qui sont souvent à l’état dormant dans l’entreprise et qu’il suffit de réactiver. J’entends également les “vertus de la crise”; le phase de crise est souvent nécessaire à l’entreprise pour que des “forces génératrices nouvelles s’éveillent”. Je retiens les ”vertus du péril”; lorsque l’entrepeneur commence à avoir peur, croit en même temps la conscience de ce qui peut le sauver. Je crois moi aussi à ”l’aspiration de l’homme à l’harmonie”; toutes les révolutions passées, qu’elles aient été idéologiques, révoltes, utopies, ou autres, ont eu pour moteur l’aspiration à une harmonie perdue.
La magie de la métamorphose de la chenille en papilllon! Pour se faire, la chenille s’enferme dans sa chrysalide pour une à 2 semaines; le papillon va bien souvent ne vivre que quelques jours voire quelques semaines. Il en va de même pour les entreprises, si l’on veut vraiment passer de chenille à papillon, il faut suivre un processus long et méthodique. La métamorphose ne se décrète pas, elle se construit selon un processus précis. Au stade chenille: bien comprendre qui est l’entreprise, comment elle fonctionne, quelle est son ADN, comment pense le dirigeant; c’est la phase de diagnostic. Dessiner le papillon que l’entreprise peut devenir; c’est la phase de crétation du concept, de l’entreprise métamorphosée. Et enfin et c’est la partie la plus longue, qui s’étale sur plusieurs années, accompagner la métamorphose en profondeur de l”entreprise: organisation des hommes, changement des comportements, repositionnement des offres, déploiement vers les clients du futur, regénérescence du discours, de la communication, des marques, etc … Passer de la chenille au papillon prend plusieurs années. Pendant ces 2 à 3 ans, le dirigeant et son équipe devront sans relache croire à la réussite, prendre certaines décisions difficiles qui empêchent le système de se métamorphoser et sans relâche mobiliser tous les collaborateurs pour qu’ils se dépassent et fassent réussir le processus.
Mais très vite, on ressent la jouissance de se sentir papillon. Même si les ailes ne sont pas encore totalement déployées, la sensation de sortir du cocon, del’horizon qui s’éclaircit, et bien vite la sensation de voler, procure une jouissance sublime. C’est pour cela que nous parlons à Triesse de l’entreprise plaisir; quand la matamorphose est réalisée, alors ce n’est que du plaisir !
A défaut de se métamorphoser, nous voyons malheureusement bien des entreprises se désintégrer ! Ce n’est pas faute de le dire au dirigeant, mais c’est si difficile d’accepter de regarder en face une réalité qui fait peur !
Voilà ce que m’a inspiré Edgar Morin. Edgar Morin est Président de l’association pour la pensée complexe, et comme toute personne brillante, il sait parler simplement de choses complexes: la métamorphose du papillon pour parler de la nécessité qu’à l’humanité à trouver une nouvelle voie sous peine de désintégration.