J’étais hier à une conférence où intervenaient un entrepreneur du bio et la CARSAT, nouveau nom de la CRAM. Nous y avons naturellement parlé de la place de l’homme dans l’entreprise et en particulier de qualité de vie et de bien être au travail. J’y ai croisé des entrepreneurs et en particulier une femme d’une tonicité hors du commun qui dirige une usine textile d’un groupe de luxe. Ce qui m’ frappé, c’est combien cette question de la qualité de vie est aisément mise en avant par les dirigeants des métiers où il existe des marges de manoeuvre importantes (filière de distribution du bio, industrie du luxe); je dis cela face aux métiers de l’agro alimentaire fournisseur de la grande distribution dans lesquels Triesse opère en grande majorité.
Même si je suis convaincu que bien être et qualité de vie au travail doivent constituer des enjeux pour tout entrepreneur se revendiquant du développement durable, j’ai du mal à établir un bénéfice économique évident entre bien être au travail et performance économique de l’entreprise. En écoutant ces 2 témoignages hier, je perçois que dans ces 2 cas, qualité de vie nécessite d’avoir du temps, de ne pas avoir de pression excessive: dans l’entreprise textile, les couturières sont formées durant 2 ans en contrat d’alternance, ce qui est considérable; quel temps donné à l’apprentissage du métier ! Dans l’entreprise bio, les cadences sont manifestement moins fortes que dans des produits à moindre valeur ajoutée; l’ambiance était davantage une ambiance artisanale qu’industrielle. Plus aisé pour leurs dirigeants de parler de qualité de vie !
Un des cadres dirigeant de la CARSAT qui était présent nous a décrit une situation noire de la santé au travail: certes les accidents du travail diminuent, mais les cas de détérioration de la santé par le travail sont en augmentation très forte (au desssus de 10% par an); il s’agit de troubles musculo squelettiques, stress, usure prématurée, …. Le travail devrait être créateur de santé, il en est dégradateur ! L’agroalimentaire a beaucoup à faire en la matière, par la nature même de son activité primaire et secondaire et du fait de sa destination principale, les centrales d’achat de la grande distribution et la pression qui en résulte. Et il n’y a rien à attendre en terme de valeur ajoutée court terme d’une politique d’entreprise volontariste en la matière: l’entreprise ne vendra pas plus cher, ne fera pas de gain immédiat de productivité ou rentabilité ?
Je vois un certain nombre de pistes à explorer, plus ou moins exploitables selon le contexte de l’entreprise.
Les 3 rencontres que j’ai faites aujourd’hui m’ont à nouveau conforté dans ce sens à donner à la notion de dirigeant humaniste dont beaucoup de nos clients se revendiquent. J’inclue dans ces dirigeants ceux qui s’attribuent le développement durable. Par définition, le développement durable signifie pour l’entreprise, la combinaison gagnante du développement des hommes, du respect de la planète et de ses ressources et de la performance économique. L’homme est bien un des éléments clés du triptyque.
j’ai énormément apprécié le propos d’Edgar Morin “l’éloge de la métamorphose” dans Le Monde du 10 - 11 janvier 2010.