Quelles leçons à tirer du partenariat Triesse – Terralia ?
16 janvier 2018
Lettre Triesse Janvier 2018 : une année sous le signe du renouveau
16 janvier 2018

Débat Triesse #1 : que nous apprend l’incroyable développement de la filière porc espagnole ?

Nouveauté 2018 à Triesse : les débats !

Nous avons initié un nouveau temps mensuel au sein de l’équipe Triesse/Gressard : un débat sur un sujet d’actualité. Nous vous faisons part ici de notre premier échange pour cette nouvelle année 2018. En ce début janvier, nous avons retenu un article du Figaro paru le 29 décembre 2017 : « le porc espagnol s’impose en Europe ».

 

Le contexte – le porc espagnol bat des records de production : une invitation à questionner le modèle de la filière espagnole

Le porc espagnol vient de dépasser l’Allemagne en nombre de têtes. Il est élevé en Espagne deux fois plus de porcs qu’en France. Plus de 70 % des producteurs sont dans une intégration avec leurs fabricants d’aliments ou abatteurs. Dans un environnement en pleine mutation, la capacité de cette filière à se renouveler et à se transformer rapidement a été un redoutable atout concurrentiel. Pourquoi ce qui a été possible en Espagne, ne l’est pas ailleurs ? Pourquoi certains arrivent à évoluer et d’autres pas.

 

La question qui a porté notre débat : le modèle espagnol en est-il un pour la production française ?

Nous avons le sentiment que 2 modèles existent :

  • Le modèle espagnol, qui s’est développé sur l’initiative d’acteurs aval qui ont déployé une forte intégration des producteurs, de la génétique au consommateur. C’est un modèle compétitif au niveau international. Ce modèle est d’autant plus porté que la gastronomie espagnole et le pata negra en particulier ont le vent en poupe au niveau international.. Malgré sa réussite insolente, nous nous interrogeons sur la résilience de ce modèle, qu’en est-il du bien être animal, des conditions de travail, d’autant que la filière fraise espagnole a créé des doutes dans les esprits ;
  • Le modèle français, reposant en partie sur le modèle coopératif, très focalisé sur l’amont. Nous nous interrogeons sur la performance de ces filières intégrées, portées par l’amont, où la rentabilité se joue au 1/100ème d’euro, sur lequel certaines enseignes françaises ont une forte influence. Avec le handicap que le porc français n’a pas cet atout culturel qu’il a en Espagne.

 

Segmentation et montée en gamme

Le porc français doit-il aller vers la prémiumisation ? Le « made in France » ne s’est pas imposé au niveau international, là où les charcuteries espagnoles et mêmes italiennes sont devenues prisées dans le monde entier. Face à la multiplication des démarches des professionnels français (sans antibiotique, sans OGM, Labels…), nous avons le sentiment qu’au rayon, le consommateur est perdu, ne s’y retrouve plus. Dans ce contexte, le porc français doit donc encore trouver son positionnement et la « belle histoire » reste à inventer ! Et ce n’est peut-être pas qu’une histoire de haut de gamme ; la place est déjà prise.

De notre point de vue, le pouvoir politique vient ensuite. Lorsque les priorités stratégiques sont claires, les choix de marchés sont définies. Alors, les politiques peuvent créer les conditions du succès. Nous constatons que sur cette filière, les politiques locaux ne sont pas favorables, que le contexte social est compliqué de par les coûts et les difficultés à recruter. Définitivement les politiques doivent venir en soutien, au service des conquêtes de marchés.

Il nous semble enfin, que la filière française peut aussi s’emparer de questions de long terme : la réussite espagnole ne sera-t-elle pas demain éclipsée par d’autres leaders (Russie, Ukraine, …), la progression de la consommation ne sera pas en Europe mais en Asie … et finalement le futur n’est-il pas aussi dans la protéine de laboratoire ?

Les propositions de la filière porc à destination du gouvernement, dans le cadre des états généraux de l’alimentation, montrent une avancée. La création d’une nouvelle segmentation va dans la bonne voie, si, de notre point de vue, elle sait élaborer un segment premium qui se dote d’une forte image internationale ; la « belle histoire ». Le retour de l’industrie de la charcuterie et donc un renforcement de la pensée par le marché sont des signes encourageants. Aux politiques de savoir répondre par leur soutien.

 

Vous souhaitez soumettre un sujet pour notre prochain débat ? Ecrivez-nous ! Votre contact : sdenisot@triesse.fr