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Débat Triesse #2 : Quelles questions soulève le phénomène de déprise céréalière observé en France ?

 Débat Triesse #2 : la déprise céréalière, quelles questions, quels relais actionner et pourquoi Triesse a une position privilégiée pour aider les organisations céréalières à changer de modèle ?

Dans 3 missions actuelles, dans 3 Régions différentes, nous sommes confrontés à la problématique de déprise céréalière ; nous avons donc décidé de centrer notre débat mensuel #2 sur cette problématique : « Quelles questions soulève le phénomène de déprise céréalière observé en France ? »

Un déprise ?

La Champagne Berrichonne, le Lauragais, voire des zones comme la Picardie sont des exemples. On observe sur ces territoires une inquiétude, notamment de la part des organismes collecteurs qui perdent du volume. Cela se fait souvent au bénéfice d’autres productions (pommes de terre par exemple, légumes de plein champ…), mais cela impacte les équilibres économiques de ces organismes.

On a tous connu la crise des rendements il y a deux ans et ses conséquences sur la filière « Entre 500 et 800 €/ha de baisse de chiffre d’affaires : avec des rendements en blé qui atteignent à peine 40 q/ha dans de nombreuses parcelles, soit deux fois moins que les rendements historiques » [1].

La déprise céréalière est une problématique pour la balance commerciale française, mais elle l’est surtout pour les acteurs économiques de la filière, de l’amont à l’aval et pour les territoires. L’une des questions que pose cette déprise, c’est quel avenir du modèle céréalier dans ces zones ? Et plus spécifiquement, quels relais peut-on envisager ?

La grande question de la compétitivité (locale – nationale – mondiale)

Le marché des céréales est un marché mondial. D’une part parce que la demande l’est, d’autre part parce que pour des raisons pédoclimatiques, des céréales comme le blé ne peuvent pas être cultivées sous toutes les latitudes. Sur l’échiquier mondial, les pièces ont bougé ; en particulier les Pays de la Mer Noire sont devenus des acteurs majeurs à l’export. Ils ont quasiment doublé en 5 ans leurs volumes d’export et représentent aujourd’hui 30% des échanges mondiaux [2] . Or, ces pays affichent une compétitivité à l’export qui questionne la capacité de certaines zones françaises à se positionner sur ces marchés. Quel est l’avenir de l’export pour des céréales non différenciées, compte-tenu du contexte commercial globalisé ?

Des enjeux techniques et structurels pour la filière

Il existe des impasses phytosanitaires, notamment sur le désherbage, qui appellent un renouveau dans les pratiques agronomiques vers une plus grande complexité des approches (rotations, pratiques agroécologiques, sol…). Ces enjeux techniques vont demander plus de compétences, des agriculteurs mais aussi du conseil technique[3] et donc des compétences de plus en plus poussées des agriculteurs et techniciens. Mais dans les zones de déprise, quelle capacité des acteurs qui font la filière, à mettre en œuvre ces transitions ? Qui va tirer parti de la segmentation du conseil aux agriculteurs ?

Face à la déprise, il existe des éléments de réponse, à adapter aux territoires, qui exigent que les acteurs soient aptes à changer de modèle

La filière céréales, dans son Plan de filière suite aux État Généraux de l’Alimentation, a acté l’impératif d’envisager des transformations : « des transitions prévues (baisse des intrants, diversification et évolution des systèmes de culture, augmentation de la complexité agronomique des itinéraires…) »

Nous accompagnons la filière dans le Cher où une profonde réflexion est menée sur le diversification. A ce jour, une 30aine de projets potentiels ont été imaginés.

Ailleurs, ce sont des projets d’abord portés par les acteurs économiques leaders et relayés par les agriculteurs, qui font leur chemin. De plus en plus nous pensons que ce seront les collectifs des agriculteurs qui porteront les projets, appuyés par les acteurs économiques et financiers.

Penser autrement que céréales, se diversifier dans une logique territoriale

Sur cette problématique de déprise et face au besoin de mettre en œuvre des transitions notamment par le levier de la diversification, les grosses coopératives font aujourd’hui face à deux enjeux :

  • L’entrée de la diversification « filières » : les coopératives sont dans une logique très différente d’autres filières, notamment les fruits et légumes, où la logique de structuration par des OP fortes est encore éloignée du système d’apporteurs en céréales. Il s’agit d’un frein, et nous sommes persuadés que la levée de ce frein dépend très largement du schéma de pensée des équipes dirigeantes salariées et des administrateurs les plus impliqués ;

« Cette diversification est nécessaire en agriculture biologique : c’est, en effet, le premier levier agronomique à mobiliser pour réduire la pression des adventices, des maladies et des ravageurs »[4]

  •  L’entrée de la diversification « territoriale » : le risque des modèles coopératifs de plus en plus gros, c’est de n’avoir qu’une pensée « globale », et ne pas réussir à différencier les approches en fonction des territoires sur lesquels ils sont implantés : mais aussi et peut être surtout des cultures des différentes filières où ils vont devoir s’impliquer. Pourtant, cette capacité à faire évoluer l’assolement en fonction des zones, est l’un des facteurs clé de l’adéquation de l’offre à la demande. Cette diversification pose donc de vraies questions de stratégie et d’organisation à ces acteurs. Triesse, par sa culture filières, apporte aujourd’hui des réponses nouvelles sur ces questions

Les enjeux énergétiques sont aussi des opportunités qui vont dans le sens d’une meilleure performance agronomique et de projets porteurs de valeur

La méthanisation est un bon exemple. La France s’est fixée pour ambition d’atteindre en 2030 une part de 30% de biogaz dans le réseau (scénario « ambitieux » parmi 3 scénarios construits, mais plutôt bien suivi par les acteurs). Cet objectif semble difficile à atteindre, sans le concours des matières premières végétales et notamment céréalières. Des pistes intéressantes comme le développement des CIVE (intercultures semées et récoltées entre deux cultures principales) qui participent de la diversification des assolements tout en apportant une protection des sols (couverture) et un potentiel de valeur (cycles possibles de 3 cultures en 2 ans…). Et là encore, ce sont de nouveaux modèles, collaboratifs entre agriculteurs, appuyés par des financiers qui s’imposeront de plus en plus dans la période à venir.

A l’aune de ces perspectives, qui conjuguent des réponses aux enjeux agronomiques, environnementaux mais aussi économiques de la filière céréalière française, notre débat a synthétisé deux principales questions :

Quelle est la capacité des organisations, en particulier coopératives, à être force de proposition et à engager les chantiers de fond pour se sortir d’une déprise actée ?

Si la diversification est une réponse, défendue d’ailleurs par l’interprofession, quelle pertinence des plans de filière « en silo », qui amènent peu de réflexion entre des filières qui pourraient pourtant développer des projets communs, porteurs de valeur. Et surtout là où les agriculteurs de ces zones sont, eux, dans ces logiques de changement de modèle pour aller vers une multiplication des débouchés.

 

 

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Sources et précisions :

[1] La France Agricole, 27.07.2016 Dossier. Eure-et-Loir. Face à une perte record de chiffre d’affaires de 800 €/ha, la filière se mobilise

[2] Intercéréales, Décembre 2017, Plan de transformation de la filière céréales et produits céréaliers

[3] La filière, dans son plan de transformation, prévoit d’ailleurs une augmentation des besoins d’accompagnement et de conseil (à hauteur de 20€/ha), de formation et d’information (30€/ha)

[4] Intercéréales, Décembre 2017, Plan de transformation de la filière céréales et produits céréaliers